30 novembre 2017

Un congrès pour s'adapter aux nouveaux défis

L’Ordre hospitalier de Saint Jean de Dieu a réuni, du 11 au 14 septembre 2017 à Madrid, un congrès de bioéthique sans précédent. Retour sur l'événement avec Philippe Moreau et Maël Guillou, membres du Comité d'éthique de la Fondation Saint Jean de Dieu. 

De nombreuses personnalités du monde politique, religieux, universitaire ont participé aux travaux notamment le cardinal archevêque de Madrid Mgr Carlos Osoro Sierra, un membre du gouvernement espagnol et des conférenciers réputés comme l’autrichien Christian Felber, les italiens Sergio Benardinelli, Stefano Zamagni, Ernesto Burgio et Salvino Leone et les espagnols Margarita Bofarull et Francesc Torralba.

La délégation de la Fondation était composée de plusieurs membres du Comité d’éthique, son président , le Père Bruno Saintôt, le Frère Christian Clavé, Guillemette Jarry référente du CMS Lecourbe,  Maël Guillou référent du Centre hospitalier Dinan-St Brieuc, Philippe Moreau secrétaire et et de Mme Geneviève Delostal, directrice du CMS Saint Jean de Dieu du Croisic.

La commission générale d’éthique qui a organisé le Congrès s’était donné les objectifs principaux suivants :
1) sensibiliser l’ensemble de l’Ordre sur l’importance de la bioéthique dans le développement du charisme de l’hospitalité,
2) accompagner les professionnels de la santé et de l’action sociale pour qu’ils s’approprient  des critères bioéthiques et d’humanisation pour une meilleure prise en charge des personnes malades et des plus nécessiteuses de la société,
3) créer un espace de partage d’expériences dans le champ de la bioéthique,
4) être une voix critique dans chaque lieu où les membres de l’Ordre sont présents, selon le charisme de Saint Jean de Dieu, face aux injustices, au manque de moyens sanitaires et éducatifs.
Les principaux thèmes abordés ont été les suivants : Hospitalité et dignité de la personne humaine,

Hospitalité et éthique de la vulnérabilité, Hospitalité, pauvreté et éthique sociale, Santé publique et développement du lien entre l'économie et la santé.

Dans son allocution d’ouverture, le Frère Jesus Etayo a insisté sur l'importance de l'éthique dans nos pratiques quotidiennes « l'éthique est la perfection que nous devons atteindre dans nos actions ».    « Il faut promouvoir la formation en éthique et en bioéthique pour faire acquérir la sensibilisation éthique à tous les collaborateurs ».

Le Frère José María Bermejo, président du congrès, a également indiqué en présentant les travaux à venir  « A partir des réalités vécues dans nos établissements sur les 5 continents, nous voulons réfléchir aux situations qui posent des questions difficiles de bioéthique, à la lumière du charisme de l’hospitalité auquel nous voulons rester fidèles ». Parmi ces questions, il faut citer « celles qui sont liées à la défense de la dignité de la personne à tous les stades de la vie, au soin des personnes handicapées physiques ou psychiques, aux soins palliatifs, ou encore à l’autonomie de la personne malade dans ses prises de décision. »

Il n’est pas possible de résumer sans les trahir toutes les interventions des quatre journées du Congrès, nous nous bornerons à souligner

Quelques moments marquants :

Le spectacle offert par des enfants en situation de handicap d'un centre de Valladolid. Nous avons été fascinés par ces corps qui s'élançaient  et trouvaient grâce malgré des handicaps physiques et psychiques dans une parfaite coordination de mouvements.

Le témoignage du  Frère (et infirmier) Michael KOROMA sur le drame vécu de l'épidémie du virus Ebola.

Le témoignage d'une personne sans abri, Vincente RAMON, qui a connu une rupture dans sa vie qui l’a conduit à vivre dans la rue avant d'être accueilli au sein d'un établissement de l’Ordre. « J'étais un mort social, un spectre qui déambulait. Je n'étais plus une personne, j'étais devenu un problème ».

Quelques citations glanées

« L’éthique n'est pas un concept esthétique d'ornement ! ». « Le champ de la bioéthique est le champ de la liberté ». « La bioéthique doit promouvoir l'humanisation » « L'éthique n'est pas là pour poser des limites à la technologie mais pour garantir un respect de l'humanité ».

Nous avons particulièrement apprécié les espaces de réflexions linguistiques qui ont réuni la délégation française et les autres participants originaires des pays de l’Afrique francophone. Nous avons ainsi échangé sur l’hospitalité et la dignité, les valeurs et la vertu. Ainsi pour le Frère Claude, médecin au Togo, « L’hospitalité n’est finalement rien d’autre que l’ouverture de notre cœur pour offrir de l’aide à la personne qui est dans le besoin et lui rendre ainsi sa dignité… Et la bioéthique est là pour protéger cette vie humaine, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle ».

Quelques réflexions à la suite de ce Congrès pour enrichir nos pratiques :

 - Nous devons être conscients de notre devoir de respect des volontés de l'autre dans l'exercice de notre profession.

- Il nous appartient de chercher à nous adapter aux nouveaux défis issus des nouvelles pauvretés, nouvelles vulnérabilités, nouvelles pathologies.

- Il est primordial de s'instruire, de se former pour mettre en commun notre vision des bonnes pratiques. Une fois que nous avons acquis les informations, nous avons aussi comme mission de les transmettre.

- S’interroger sur le sens de notre engagement, sur le but de tout soignant, nous devons ainsi avoir pour visée l'amélioration des conditions du malade, se détacher de l'envie d'obtenir du prestige en prodiguant des soins.

- Prendre conscience de l'importance de la remise en question, de ne pas accepter les informations, les directives comme telles, sans y avoir donné sens. De même ne pas s'interdire de remettre en question les pratiques sous prétexte que ce sont des pratiques courantes au sein des unités de soins. Réflexions sur l'organisation

Par ailleurs, nous avons pu visiter l’Institut San José à Madrid qui accueille des personnes porteuses de handicap physique ou psychique, géré par l’Ordre de Saint Jean de Dieu. L’accueil reçu fut très chaleureux et professionnel.

Le congrès a été l’occasion de partager des expériences, de se connaître et d’établir des relations professionnelles et amicales qui, nous l’espérons, vont se poursuivre après le congrès. La présence de l’Ordre sur les 5 continents est précieuse à ce titre.

Les présentations et échanges furent si riches qu'il est difficile de rendre compte de l'ensemble des informations retenues, ainsi ces quelques mots ne donnent qu’un aperçu restreint de ce congrès qui a été une grande réussite tant par son organisation parfaite que par les échanges que nous avons pu avoir, emprunts d’une grande convivialité.